Un dîner privé et très politique pour servir l’hydrogène

 

Spécialiste de la pile à combustible (PAC), Fei Gao était invité en janvier dernier à la table de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin pour parler hydrogène. Une occasion privilégiée pour convaincre de l’enjeu que représente la filière pour l’avenir du transport, de l’importance des atouts français dans ce domaine, et de la nécessité de faire coordonner, par la sphère politique, les actions engagées.

L’hydrogène, c’est bien d’en faire tout un plat

Membre de l’équipe SHARPAC à l’Institut FEMTO-ST, chercheur à la fédération FCLAB, professeur des universités à l’UTBM (à 34 ans, il est d’ailleurs le plus jeune professeur dans le domaine du génie électrique en France), Fei Gao consacre tous ses travaux depuis plus de dix ans, et avec beaucoup de succès, à la pile à combustible. Il a été, le temps d’une soirée, l’ambassadeur de l’UTBM et le porte-parole de tous les protagonistes du secteur de l’hydrogène, à la fois pour valoriser les travaux menés sur le sol comtois et pour défendre les intérêts d’une technologie d’avenir pour le transport décarboné. L’UTBM était le seul partenaire académique présent à ce dîner organisé par l’entreprise franco-suisse Aaqius, acteur majeur de la filière, spécialiste du stockage hydrogène à basse pression. Aaqius venait tout juste de présenter au monde la technologie de rupture qu’elle a mise au point : une cartouche d’hydrogène baptisée STOR-H, rechargeable en toute sécurité, s’intégrant facilement dans les moteurs de véhicules légers à 2, 3 ou 4 roues. « Depuis trois ans, nous travaillons de façon très étroite avec Aaqius pour construire et faire fonctionner tous les éléments de la chaîne de traction d’un moteur électrique avec une pile à combustible pour des véhicules légers comme des scooters, des tricycles, ou encore des chariots élévateurs », explique Fei Gao. FCLAB intervient dans la mise au point et l’intégration de la pile à combustible qui consommera l’hydrogène stocké dans les mini-réservoirs fabriqués par Aaqius, pour fournir la puissance électrique nécessaire au fonctionnement du moteur. Mais la démarche va plus loin encore, avec le développement d’écosystèmes hydrogène complets, comprenant la capture de l’énergie solaire et sa transformation en électricité grâce à des panneaux photovoltaïques, la fabrication d’hydrogène par électrolyse de l’eau, le stockage de l’hydrogène produite, et enfin la mise au point des chaînes de traction à pile à combustible. « La collaboration entre FCLAB et Aaqius assure la maîtrise des premiers écosystèmes de ce genre en France. »

Apporter du liant et de la coordination

Dans une lettre de présentation adressée à l’attention de l’ancien Premier ministre, en préambule au dîner officiel, Fei Gao rédige un véritable plaidoyer en faveur des acteurs nationaux de la filière hydrogène. « Nous sommes convaincus que la France peut être le pays champion du monde en terme d’innovation, si nous sommes bien organisés, pour le déploiement et l’utilisation de l’hydrogène en tant que vecteur d’énergie propre, dans le contexte actuel de transition énergétique. » Il insiste sur le rôle que doivent jouer les élus et la responsabilité qu’ils ont à endosser pour pouvoir gagner la partie : « Cette organisation doit être dirigée par le politique ».

Fei Gao raconte les efforts de développement, tant dans le milieu académique que chez les industriels. Le chercheur souligne l’importance des projets nationaux et européens engagés autour de l’hydrogène, en signalant que « FCLAB est l’un des centres les plus connus en France pour ses activités de recherche sur les systèmes PAC, et que la fédération signe à elle seule 60 % des publications académiques françaises parues sur le domaine de l’hydrogène ». Il met en avant les contrats signés avec les partenaires étrangers : « Aaqius a engagé des collaborations avec la Chine, le Maroc et les Emirats arabes unis ; un accord tripartite a déjà été conclu entre Marrakech, Aaqius et l’UTBM, et Aaqius intervient dans une convention avec Dubaï pour le déploiement de véhicules légers à hydrogène assurant la logistique dans son nouvel aéroport. »

Les compétences, les moyens, les technologies et la motivation sont là… Reste à ce que le monde politique entende le message transmis par Fei Gao pour une meilleure coordination de l’ensemble, pour réussir à gagner le pari de l’hydrogène en France.

Crédits

Un article de : Catherine Tondu
Crédits photos : UTBM / DR

 

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