Insuffisants cardiaques : une innovation made in UTBM !

C’est déjà demain. Depuis le début de l’année, des patients atteints d’insuffisance cardiaque sont équipés, à leur domicile, d’un système intelligent, entièrement automatisé, qui scrute dans les moindres détails l’évolution de leur pathologie, leur donne des conseils à suivre et au besoin, déclenche l’intervention du médecin traitant, voire une hospitalisation. Après une longue phase de test et de validation, cet appareillage connecté particulièrement innovant est aujourd’hui en fonction en conditions réelles auprès de plusieurs dizaines de malades. Et c’est en partie dans le laboratoire de recherche IRTES-SeT du l’UTBM qu’il a été mis au point, sous l’appellation e-Care.

“Il y a en France un million d’insuffisants cardiaques”, explique Amir Hajjam El Hassani, maître de conférences en informatique, spécialisé dans l’ingénierie des connaissances et l’intelligence artificielle, et responsable de l’axe de recherche “Modélisation des connaissances et optimisation dans le domaine médical”. “C’est un nombre en constante augmentation, qui progresse de 12 % chaque année. Ces personnes sont en moyenne hospitalisées 27 jours par an, car l’évolution de leur pathologie, qui peut être très rapide, nécessite un suivi très régulier”. Outre le désagrément que représente un séjour à l’hôpital pour le malade chronique, sa prise en charge a bien sûr un coût, d’environ 3000 euros par jour.

Diminuer le nombre de jours d’hospitalisation

D’où la réflexion engagée voilà trois ans, dans le cadre d’un programme d’Investissement d’Avenir, consistant à automatiser, grâce à l’intelligence artificielle, le suivi des insuffisants cardiaques. Objectif : éviter de nombreuses journées d’hospitalisation, tout en assurant une surveillance médicale quotidienne, permettant notamment de détecter de façon précoce les situations à risques. Développé dans le cadre d’un partenariat économique et scientifique associant différents partenaires (lire ci-contre), e-Care a été testé et validé en 2014 auprès de quelque 300 patients pris en charge au CHRU de Strasbourg, sous la direction du professeur Emmanuel Andres.

Un partenariat scientifique et économique

Le développement de la plateforme e-Care s’est organisé autour de différents partenaires :

  • la société Newel, qui a porté le projet, PME mulhousienne spécialisée dans le développement d’infrastructures logicielles ;
  • les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS), Service de médecine interne, CHRU de Strasbourg ;
  • l’Université Haute-Alsace de Mulhouse (UHA), laboratoire MIPS ;
  • le Centre d’Expertise National des TIC pour l’autonomie (Centich) porté par la Mutualité française Mayenne (MFAM).
  • et bien sûr le laboratoire de recherche IRTES-SeT, qui s’est particulièrement occupée de la plateforme intelligente et des systèmes experts.


Comment ça marche ?

Concrètement, le malade se voit remettre une mallette contenant des appareils (oxymètre, thermomètre, pèse-personne…), qui enregistrent des informations  sur son état de santé : poids, rythme cardiaque, tension artérielle, taux d’oxygène dans le sang, etc. Ces données sont immédiatement transmises, par une tablette Androïd, à une plateforme intelligente, qui les confronte au profil du patient, lequel prend en compte son historique médical, son âge, ses caractéristiques physiologiques…. C’est alors que sont révélées d’éventuelles anomalies, comme par exemple une prise de poids rapide, symptôme d’une détérioration de l’état de santé. En retour, la plateforme, par le biais de la tablette, prodiguera des conseils alimentaires ou d’hygiène de vie. Mais évidemment, si cela est nécessaire, le patient peut être contacté par téléphone et envoyé rapidement chez son médecin traitant.

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Du stéthoscope connecté… à la planète Mars !

“Les thématiques de recherche de l’IRTES sont majoritairement en lien avec les enjeux de la transition énergétique et des mobilités du futur”, explique Amir Hajjam El Hassani. “Néanmoins, la thématique de la santé, dans une large acceptation, figure également au titre de nos activités. Environ 15% de notre activité trouve une connexion directe avec ce domaine”.

L’intelligence artificielle et l’ingénierie de la connaissance représentent les domaines de compétences du chercheur, au travers de multiples programmes auxquels il a contribué, dans le cadre de plusieurs établissements de soins (CHRU Strasbourg, Hôpitaux de Paris, Mutualité Française, SAMU, SOS Médecins, etc.).

Amir Hajjam El Hassani a ainsi participé au développement d’un stéthoscope communicant, avec lequel un médecin écoute à distance les battements de coeur de son patient, sans aucune perte du signal sonore. Le maître de conférence de l’UTBM a également contribué à l’école d’auscultation (eLearning), au dossier médical embarqué facilitant les interventions des urgentistes, ainsi qu’à la plateforme de supervision générique temps réel, pour une gestion optimisée et dynamique des moyens mis en œuvre dans le cadre des interventions urgentes.

Ses activités l’ont encore conduit à la mise au point de systèmes de télésurveillance et d’accompagnement social des enfants en chambres stériles. Amir Hajjam El Hassani a proposé une plateforme collaborative pour sécuriser le diagnostic et accompagner les soignants dans leur démarche clinique. Il a enfin participé au programme russe MARS 500, qui collecte des données et capitalise des connaissances en vue de la préparation d’une mission pour la planète Mars !


Un outil ouvert à d’autres pathologies

“Ce système réduit de un à quatre le nombre de jours d’hospitalisation”, évalue Amir Hajjam El Hassani, qui estime que la plateforme e-Care pourra dans l’avenir s’adapter à d’autres pathologies. “C’est un outil ouvert, qui s’appliquera aux maladies chroniques telles que le diabète ou l’insuffisance rénale. Il est également capable de gérer de manière très fine plusieurs pathologies, dont sont généralement atteintes les personnes souffrant de maladies chroniques”.

A l’heure du développement de la télémédecine et de la télésurveillance, et compte-tenu des indispensables recherches d’économies dans les dépenses de santé, nul doute qu’e-Care est promis à un bel avenir.



Crédits

Un article de : Serge Lacroix
Crédits photos : UTBM / DR

  

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