Toucher du doigt le handicap

Concevoir des dispositifs pour qu’une jeune fille tétraplégique puisse donner le biberon ou encore se maquiller, en soignant l’esthétique pour qu’ils ne ressemblent surtout pas à du matériel médical, rentrer dans la peau de personnes en situation de handicap, échanger avec eux pour comprendre leurs attentes et leurs besoins… : à l’UTBM, sensibilisation ET formation doivent permettre de préparer les étudiants à intégrer le handicap dans leur quotidien comme dans leur futur métier…

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Pauline Riffaud est étudiante en 5e année au département EDIM*. Elle a élaboré, avec deux autres étudiantes, un support destiné à permettre à une jeune fille tétraplégique de se maquiller. De son côté, Céline Nazin, avec une autre étudiante, a imaginé et conçu un système pour permettre à la même jeune fille de donner le biberon à sa nièce, système qui permet de compenser l’immobilité de la plupart des membres et des doigts, l’absence de force de préhension et de rotation du poignet. Depuis 5 ans, une dizaine de projets de ce type ont été menés par des étudiants dans le cadre d’une UV, « Conception pour tous », proposée aux étudiants de ce département depuis 2007. UV qui aborde la conception pour des publics nécessitant structures ou équipements adaptés : des personnes en situation de handicap aux personnes âgées en passant par les jeunes enfants. L’établissement ne souhaite pas ainsi « cantonner » le traitement e la question du handicap à l’organisation de manifestations de sensibilisation ou à améliorer l’accessibilité et l’accueil de ces publics. En intégrant également cette dimension dans la pédagogie et en y incluant des projets concrets, elle cherche aussi à préparer ses futurs ingénieurs à gérer un jour des personnes présentant des handicaps ou des déficiences.

Favoriser le contact direct avec des publics affichant des besoins particuliers

La plupart des travaux proposés aux étudiants se font d’ailleurs sur la base de besoins réels que remonte l’un des principaux partenaires de l’enseignement, le Centre de réadaptation fonctionnelle d’Héricourt. Échanges avec les personnels encadrants et soignants et avec le patient qui sera utilisateur de leur équipement, observation des situations de vie, suivis de simulations et tests mènent les étudiants jusqu’à des prototypes censés être fonctionnels.

« Nous formons les étudiants à devenir des managers. Seront-ils capables de gérer une situation de handicap, et surtout de porter un regard non discriminant ? »

De la conception mécanique qui prend en compte, en outre, la dimension « affective », puisqu’elle est doublée d’une approche ergonomie et design industriel. Une spécificité en France, en formation d’ingénieur, que l’UTBM est la seule à proposer. Car l’objectif ici est de concevoir des objets qui ne rappellent pas l’univers médical pour ne plus stigmatiser ces publics. À titre d’exemple, l’équipement pour donner le biberon a été imaginé, pour le porte-bébé, avec une solution en tissu qui s’attache au fauteuil, moins stigmatisant et plus esthétique qu’une prothèse.

Des projets qui permettent d’aborder la communication avec ces publics

 handicap_detours_utbmLe résultat va au-delà de la « performance » pédagogique. « La jeune fille était tellement heureuse quand nous avons lui avons mis le prototype avec un baigneur dans les bras, que cela nous a mis du baume au cœur », se souvient Céline. Pauline y voit aussi un côté « extrêmement valorisant » parce que « même si [les] produits ne seront pas forcément développés et commercialisés, on travaille pour une personne qui en a le besoin et qui va se servir du produit ! » La rencontre de ces publics amène aussi les étudiants à « se rendre compte que des choses simples pour certains ne le sont pas pour d’autres », souligne l’une des enseignantes de l’UV, Marjorie Charrier. « Certains étudiants sont totalement déconnectés de cette réalité », relève de son côté Florence Bazzaro, responsable de l’UV. « Or, nous les formons à devenir des managers. Seront-ils capables de gérer une situation de handicap et surtout de porter un regard non discriminant ? » Un aspect enrichissant qui n’échappe pas aux étudiants. Même si Pauline a choisi l’UV « par intérêt pour ce public » et parce qu’elle souhaite poursuivre dans ce domaine, elle avoue en sortir davantage transformée. « Travailler sur le handicap en étant en contact avec les équipes encadrantes et soignantes, ainsi que la patiente m’a beaucoup appris », explique-t-elle. « Notamment sur la façon d’aborder la communication, un aspect que l’on ne nous apprend pas : comment choisir avec soin ses mots pour ne pas être blessant par exemple. Ce qui nous resservira, et pas nécessairement avec des personnes handicapés, notamment quand il s’agira de manager des personnes et de tenir compte des sensibilités de chacun. »

Sensibiliser étudiants et personnels

L’UTBM s’inscrit dans le même temps dans les objectifs définis par la nouvelle charte université/handicap*. D’où la désignation d’un référent, Florence Bazzaro, et d’un collectif en charge de ces questions à l’UTBM. En plus de travailler sur l’accueil des étudiants en situation de handicap, sur les problématiques d’accessibilité avec le service du patrimoine, et d’agir progressivement sur la politique d’attribution des marchés publics pour y intégrer davantage de critères en lien avec le secteur, l’établissement œuvre aussi à sensibiliser l’ensemble de la communauté universitaire.

« Les chercheurs aussi sont en prise avec les besoins de la société et pas isolés dans leur tour d’ivoire ! »

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C’est dans cette optique qu’une journée dédiée a été organisée sur le campus de Sevenans le 28 novembre dernier, « afin de confronter les personnes à la réalité du handicap », explique Florence Bazzaro. Ce sont les ateliers qui donnaient l’occasion de se mettre en situation de handicap qui ont connu le plus de succès : les étudiants et personnels ont pu  participer à un déjeuner « à l’aveugle » , jouer au baby-

foot ou au billard en fauteuil roulant*, échanger avec des personnes en situation de handicap, écouter des témoignages, y compris d’entreprises venues présenter leur politique en la matière, alors que l’IRTES a présenté de son côté quelques-uns de ses travaux, comme la conception de fauteuils autonomes. Ce qui est, pour Florence Bazzaro, une très bonne manière de montrer que « les chercheurs aussi sont en prise avec les besoins de la société et pas isolés dans leur tour d’ivoire ! »

* Ergonomie, design et ingénierie mécanique
* Signée par les ministres de l’enseignement supérieur et de la recherche, du travail, de l’emploi et de la santé, des solidarités et de la cohésion sociale et la Conférence des présidents d’université le 4 mai 2012
* Ateliers animés par les associations APF et Valentin Haüy

En savoir plus :
Florence Bazzaro : 03 84 58 34 59,
florence.bazzaro@utbm.fr

Crédits

Un article de Camille Pons
Crédits photos : UTBM / James Clear / DR
  

 

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