John Phillips : De l’énergie au service de la nature

Côté cour – Un enseignant à plusieurs vitesses

Anglais d’origine, ingénieur de formation, passionné par les questions environnementales et plus globalement par le développement durable, et engagé pour défendre cette cause, John Phillips n’est pas un simple enseignant : à l’UTBM, il s’investit à plusieurs vitesses et toujours en faveur de la nature, y compris en prenant sa bicyclette tous les jours – l’une de ses passions – pour rallier les différents campus de l’université.

Son arrivée en France n’était pas un hasard. Lorsqu’il y a fait ses « premiers pas » professionnels en 2003, pour réaliser son projet de fin d’études d’ingénieur à Centrale à Paris, John Phillips connaissait déjà bien l’Hexagone pour y avoir passé de nombreuses vacances. Vacances, au sein d’une branche de sa famille, française, qui l’avaient déjà « projeté », aime-t-il raconter, « dans l’idée de venir s’installer en France ».

L’enseignement, en revanche, ne faisait pas partie de ses objectifs. Mais sa dimension bilingue lui offrira un peu plus tard, en 2005, l’opportunité d’exercer ce métier et celle de rentrer à l’UTBM. « J’ai commencé en tant que lecteur à l’UTBM car je cherchais un travail à temps partiel pour pouvoir suivre en parallèle un master », raconte l’enseignant de 37 ans. « Comme enseigner m’a beaucoup plu, le directeur du département des Humanités m’a ensuite proposé de concevoir ma propre UV. » Cette première UV, « Energy, environment and sustainable development », proposée aujourd’hui à tous les étudiants de toutes les branches et tous les niveaux, porte alors sur l’un de ses plus importants centres d’intérêt : les énergies renouvelables.

Le déclic environnemental à l’occasion d’un séjour humanitaire

Cette sensibilité à l’égard des énergies renouvelables est née à l’occasion d’un séjour humanitaire réalisé au Népal, séjour qu’il fait après avoir décroché son bac et juste avant son entrée à l’université où il suivra des études d’ingénieur. Encadré par l’association Students Partnership Worldwide, il y enseignera durant six mois des technologies rurales aux élèves et à des groupes de femmes. « Je savais qu’après le bac je partais ensuite pour cinq ans d’études d’ingénieur et les chaînes d’assemblage, il me fallait sortir de ça ! », confie l’enseignant. « J’ai donné là-bas des cours sur l’environnement, la qualité de l’eau, la déforestation – au Népal, ils consomment beaucoup de bois -, déforestation qui est à l’origine de glissements de terrain et appauvrit la qualité du sol, je leur ai appris à faire des fours qui fument moins… Cette expérience m’a bien ouvert les yeux. Et au final, c’est peut-être moi qui ai appris le plus durant ce séjour ! »john-philips-utbm2

À son retour, il poursuit néanmoins dans la voie qu’il s’était fixée au départ et suit ses études d’ingénieur dans le domaine mécanique, de 1998 à 2003 à Bath en Grand-Bretagne1, où il choisit d’ailleurs des cours techniques dispensés en français. C’est sa première expérience en tant qu’ingénieur, entre 2004 et 2005 dans un cabinet d’études chez un sous-traitant automobile de PSA, qui provoque le deuxième déclic et le virage professionnel qui le mènera à l’UTBM. « Au bout d’un an, je me suis rendu compte que ça ne me convenait pas », raconte John Phillips. « Je me suis dit ‘il y a assez de voitures dans le monde, je ne vais pas contribuer à en rajouter’. C’était aussi un monde un peu sans pitié, plein de pression et de stress. Et quand j’ai appris que PSA montait son usine en Slovaquie, j’ai eu l’impression de contribuer à la délocalisation ! J’ai donc commencé à suivre un master à distance sur les technologies des systèmes d’énergies renouvelables2. »

Mes cours me permettent de placer les futurs ingénieurs au cœur de problématiques importantes : concilier les ressources et la population croissante, les besoins en énergie et la théorie philosophique du développement durable »

Sensibiliser les futurs ingénieurs à concilier besoins en énergie tout en préservant les ressources

Depuis 2005, en plus d’enseigner l’Anglais professionnel et des affaires, il sensibilise donc, au sein du département des Humanités, les étudiants à ces problématiques dans le cadre également d’une autre unité d’enseignement, « Renewable Energy », dont il est aussi responsable. Et comme dans la nature qui est son aire de jeu préférée durant ses loisirs, il dit se sentir « à [s]a place » dans cet environnement. « Car mes cours me permettent de placer ces futurs ingénieurs au cœur de problématiques importantes : concilier les ressources et la population croissante, les besoins en énergie et la théorie philosophique du développement durable », explique-t-il. « Et comme je ne suis pas sûr que les politiques nous sauvent, je compte sur les ingénieurs pour le faire ! »

Cet engagement occupe également une partie de son temps libre puisqu’il s’investit au sein de Gaïa Énergies, association befortaine qui a pour vocation de promouvoir les énergies renouvelables et leurs applications dans le Nord Franche Comté, aussi bien auprès du grand public que des organismes privés ou publics, en menant des actions d’information, de sensibilisation, de formation et d’accompagnement (études et suivis)3.

Heureux d’être enseignant, à l’UTBM et en Franche-Comté

Aujourd’hui, quand on lui demande si les aspects techniques de son métier d’origine lui manquent, c’est sans hésiter qu’il répond « non ». « Car ces aspects techniques, je les retrouve en donnant mes cours à l’UTBM, en travaillant par exemple avec les 5e années du département Énergie sur la façon dont on conçoit un système photovoltaïque », précise-t-il.

L’ingénieur de formation ne regrette donc pas ses choix professionnels. « Si je ne suis pas sûr d’avoir l’âme d’un chercheur, j’ai l’âme d’un enseignant même s’il y a 15 ans ça ne me serait même pas venu à l’idée ! », se réjouit-il. « Et je trouve les étudiants particulièrement débrouillards. Ils m’épatent ! Chacun met la main à la pâte, y compris en dehors des cours. Ce sont d’ailleurs eux qui ont redécoré le foyer des étudiants ! »

Pas de regret non plus d’avoir posé ses bagages dans cette région qui offre un large potentiel d’activités de plein air, activités qu’il affectionne particulièrement. Ni à l’UTBM même si, avoue-t-il, « la distribution du campus sur trois sites est une sacrée contrainte ». Contrainte qu’il a réussi « à rendre intéressante » en joignant l’utile à l’agréable puisqu’il se déplace des uns aux autres à vélo, l’une de ses activités préférées. « Je longe la rivière sans jamais croiser de voitures, un plaisir que je n’aurais pas eu à Londres », conclut-il en souriant.

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Côté jardin – En roue libre

Des passions ? J’aime tout ce qui se fait dehors, le vélo – j’utilise d’ailleurs le vélo pour aller au travail -, j’aime beaucoup aussi les balades en rando, en raquettes sur le ballon d’Alsace, dans les Vosges… Je fais aussi du cerf-volant depuis tout gamin. Pour faire décoller un cerf-volant il faut parfois beaucoup de patience ! Et j’aime bien faire avec mon fils de 9 ans des jeux de plein air comme jouer au frisbee ou au boomerang…

Pourquoi cet intérêt pour les sports de plein air ? J’aime être dans la nature. Les montagnes ici sont des environnements peu touchés par l’homme et ça monte, j’aime bien ! Et la vue est plus belle si elle se mérite. Et en tant que londonien, ça m’épate aussi de pouvoir aller skier sur une journée et de pouvoir être trois quart d’heure plus tard dans mon salon (rires).

J’aime être dans la nature. Les montagnes ici sont des environnements peu touchés par l’homme et ça monte, j’aime bien ! Et la vue est plus belle si elle se mérite »

D’autres centres d’intérêt ? Je fais aussi de la bière. C’est dû à mes origines, je suis un gros consommateur de bière, particulièrement de bière blanche. Et quand je rentre en Angleterre, trois ou quatre fois par an, je vais au pub. Les anglais de 18 à 118 ans vont au pub ! J’ai retrouvé d’ailleurs des endroits qui y ressemblent ici. Et j’adore la cuisine indienne. Cuisiner est une passion et, comme pour le pub, quand je rentre en Angleterre, je vais au restaurant indien ! J’ai fait une année sabbatique entre le lycée et l’université et j’ai vécu au Népal, dans des villages où je n’ai mangé que deux fois de la viande. C’est là que j’ai eu le déclic et j’ai maintenu ce type de gastronomie en rentrant en Angleterre.

 

1- Mechanical Engineering with French, Mechanical Engineering, University of Bath
2- Université de Loughborough, Grande-Bretagne
3- Il est membre du Conseil d’administration de l’association

 

Crédits

Un article de : Camille Pons
Crédits photos : Samuel Carnovali
  

 

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