Sophie Chauveau – Historienne en pays d’ingénieurs

Côté cours – Les pieds sur terre

Sophie Chauveau est arrivée en 2011 à l’UTBM. Elle enseigne l’histoire des sciences et des techniques et axe ses recherches sur l’histoire et les usages des dérivés humains, entendez-par là le don de sang et d’organes. Deux dimensions que l’on ne s’attend pas à trouver dans une université de technologie mais auxquelles elle donne pourtant du sens.

Mardi 10 juin, 10h, bureau P347 à Sevenans. Tibidibidip, tibidibidip…

« – Allo ?
– Sophie ? Nous avons besoin de toi pour assurer le TD d’histoire aux étudiants de 4e année, de 14h à 16h.sophie_chauveau_utbm2
– J’peupa, g piscine ! »

La situation est fictive, mais pas le personnage… Sauf que quand cette inconditionnelle de la nage est dans les murs de l’UTBM, elle navigue, non pas dans l’eau mais entre ses enseignements, en histoire des sciences et des techniques, et ses travaux de recherche, en histoire aussi. La mission que lui confère son statut de professeur des universités, qu’elle a « gagné » en 2007, et qu’elle aime tout autant que la brasse ou le crawl. Même si elle confie qu’elle a « toujours dans son sac, où qu[‘elle aille], un maillot et un bonnet, au cas où… ». Mais ça elle vous en parlera plus loin.

Sophie Chauveau est arrivée en septembre 2011 à l’UTBM. Après un bac A2 (ex L) obtenu à Lyon et des études d’histoire suivies à l’université de Paris IV-Sorbonne, elle décroche son agrégation en 1992, un DEA (ex master recherche) en 1994, soutient sa thèse de doctorat, sur les rapports économiques entre pouvoirs publics et laboratoires pharmaceutiques, en 1997, et démarre sa carrière… au collège. Car elle « adore les petits ! ». Sa carrière avec les « grands » débute en 2000 quand elle devient maître de conférences à l’université Lumière Lyon-II. Elle prépare les étudiants aux concours. Puis effectue une « parenthèse » à l’Institut universitaire de France entre 2004 et 2009. Grâce à une décharge d’enseignement, elle se consacre à ses travaux de recherche qui portent à cette époque sur les organisations de transfusion sanguine, entre don et marché. Une autre étape importante sera celle effectuée au sein de l’AERES1, en 2012-2013, durant laquelle elle participera à l’évaluation de 17 laboratoires.

Amener les étudiants à réfléchir sur les dimensions politiques, sociétales et environnementales des choix qu’ils feront

Mais le vrai tournant, selon elle, se fait à son arrivée à l’UTBM. Car ici, explique-t-elle, l’enseignement de l’histoire ne se réduit pas décrire l’évolution des techniques mais à mettre ces dernières « en rapport avec les civilisations dans lesquelles elles s’épanouissent. Car ces changements peuvent aussi permettre de rendre compte des changements économiques et des évolutions sociales ». Plus que ça, cet enseignement doit « amener les étudiants à réfléchir sur le développement de tel ou tel procédé, telle ou telle filière, et sur la dimension politique et sociétale des choix qu’ils feront car ce sont aussi des citoyens. » Le message ? « Pas question de rejeter la technique, mais si par exemple ils sont amenés à travailler dans le nucléaire, il faut qu’ils soient conscients tout autant des usages que des dangers. »

« Même si j’adorais accompagner les étudiants à Lyon en les préparant aux concours, j’avais envie de sortir de l’approche académique de l’enseignement de l’histoire », poursuit-elle. « Je n’avais plus envie de faire des érudits mais plutôt de contribuer à développer un état d’esprit, plus critique et plus ouvert. »

Je n’avais plus envie de faire des érudits mais plutôt de contribuer à développer un état d’esprit, plus critique et plus ouvert »

Cette vision, selon elle, « incarne bien l’esprit de l’UTBM et du département des humanités puisque l’objet est également regardé du point du vue de son impact sur la société ». Et cette dimension l’intéresse à un point qu’elle n’envisage pas cinq minutes de retourner « dans une fac ‘normale’ où l’on ne trouve pas ces formes d’engagement et cette dimension d’utilité sociale ! »

sophie_chauveau_utbm3Des travaux sur les nouveaux usages autour des greffes

Le changement de cap s’est opéré aussi dans ses travaux de recherche, consacrés depuis le début aux transformations du secteur de la santé en France. Elle s’est en effet éloignée du champ économique – sa thèse portait sur l’industrie pharmaceutique en France des années 1920 à la fin des années 1970 – pour investir davantage le champ du médical, progressivement s’intéresser aux utilisations des éléments du corps humain (sang et organes) et observer le changement des valeurs qui accompagne ces usages.

Aujourd’hui, elle se penche plus spécifiquement sur l’activité de transfusion et l’utilisation de dérivés humains, qui s’est rapprochée, en quelques décennies, de l’histoire du médicament en se « soumettant » progressivement aux mêmes contraintes économiques alors qu’ils étaient au départ fondée sur le bénévolat. Travaux qui lui ont permis d’intégrer un projet, financé par la Fondation de coopération scientifique de Bourgogne-Franche-Comté, projet qui porte sur les médicaments préparés à base de cellules souches hématopoïétiques2. Elle collaborera durant 15 mois avec l’unité mixte de recherche EFS3 et l’INSERM4.

Ça n’est pas fini ! En dehors de ses activités d’enseignement et de recherche, Sophie Chauveau aime aussi s’investir dans la vie de l’établissement. À 45 ans, elle vient d’être désignée pour chapeauter la Direction à la recherche et aux études doctorales de l’établissement. Elle était auparavant responsable du département des Humanités et s’impliquait déjà dans de grands projets stratégiques : dans la constitution de la COMUE (Communauté d’universités et d’établissements), qui rassemble les acteurs de l’enseignement supérieur de Franche-Comté et de Bourgogne, mais aussi dans la préparation et la négociation du CPER (Contrat de plan État-Région). Quand nous l’avions rencontré cet été, nous lui avions demandé si elle comptait encore s’investir plus loin (ou plus haut) dans la vie de l’établissement. Un grand sourire aux lèvres, elle avait répondu « oui, oui, oui ! ».

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Côté jardin – Comme un poisson dans l’eau 

Une passion ? La nage en eau libre, c’est-à-dire en milieu naturel, en lac, en mer, en rivière… Je fais 4 à 5 « étapes » chaque année, sur des distances de 5 km en moyenne. Ma première était à Marseille. C’est pour ces compétitions que j’ai commandé le maillot vert au logo de l’UTBM Compétition. Cela me permet en même temps de donner de la visibilité à la « Maison » !

Depuis quand ? Gamine, j’adorais la « flotte » mais j’étais judokate. J’ai démarré en club à 35 ans, à Lyon, après avoir découvert ma première course en eau libre en Bretagne en tant que spectatrice. C’est trouvé ça génial ! J’ai démarré par de la compétition en bassin, de la brasse et du crawl sur demi-fond.

Quand je suis en déplacement, j’ai toujours, planqués dans mon sac, une paire de lunettes et un maillot de bain au cas où… »

Pourquoi l’eau libre, les méduses, la houle… ? J’avais flashé sur le cadre, magnifique, de la première course à laquelle j’ai assisté. J’aime le fait que l’on soit obligé de se mesurer à soi-même. C’est une épreuve de résistance physique qui se déroule, en plus, en milieu naturel pas toujours sympa ! Il faut affronter la houle, le vent, des courants forts et des méduses parfois, et des températures de 15° à peine. Une année, j’ai couru alors que la mer formait des creux de 1m20. Dans ces moments là, vous tournez la tête pour ne rien voir ! C’est un défi mental. On apprend à ne pas se décourager et à puiser dans nos ressources, ce qui sert aussi pour le pro et le ppiscine_utbm_chauveauerso.

Vous n’assouvissez votre passion que l’été ? Cette année, j’ai fait la coupe de France au lac de Montargis Cepoy, où j’ai fini 2e de la catégorie master 2 au 5000 et au 3000 m. Puis réalisé le défi de Monte-Cristo à Marseille en juin, le tour du Roc en juillet à Granville en Basse-Normandie, nagé dans la Saône à Gray, et fait le tour du lac de Gérardmer où j’ai fini 4e au classement national dans ma catégorie d’âge, et 80e sur près de 700 nageuses classées toutes catégories. Mais je m’entraîne toute l’année, notamment en piscine. J’ai développé pour la natation une forme d’addiction, comme chez les coureurs ! Et quand je suis en déplacement, j’ai toujours, planqués dans mon sac, une paire de lunettes et un maillot de bain au cas où…

La nage, la nage et seulement la nage ? Je fais aussi de la photo, comme mon père. Petite, j’étais tout le temps dans ses pattes. Après avoir photographié ma sœur sous toutes les coutures j’ai fait beaucoup de paysages urbains. Aujourd’hui, je photographie surtout des paysages et les jeunes de l’ASM Belfort natation, le club où je m’entraîne et dont j’assume la présidence depuis mon arrivée à Belfort. Ce qui me plaît dans la photo, c’est que l’on raconte aussi des histoires tout en laissant une part à l’imaginaire. C’est aussi une manière de rester proche de mon père disparu depuis.

Toutes les photos du portrait sur Flickr

1- Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur
2- Type de cellule à l’origine de toutes les lignées de cellules sanguines
3- Biologie et pharmacologie des plaquettes sanguines : hémostase, thrombose, transfusion
4- Institut national de la santé et de la recherche médicale



Crédits


Un article de Camille Pons
Crédits photos : Daniel Nowak
Merci à Pierre Fraenkel pour la plaque « J’peupa g piscine »
Galerie photo sur Flickr

  

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